Vouloir changer de métier, c'est sain et naturel

27/04/2017

Dans notre société actuelle, sur une partie du globe, en l'occurrence celle où j'ai atterri, il semble être la norme de se former un jour, à dix-huit ans environ, à un métier et de s'y cantonner toute sa vie durant. Pour un grand nombre, cette manière de faire est logique, presqu'évidente. Pour moi, elle, au contraire, est pure folie et contre-nature.

On passe tellement d'heures au travail qu'il est, à mon sens, primordial, pour notre équilibre de vie global, de s'y épanouir. Or, en s'imposant de rester toujours dans un même métier, on court le risque d'être un jour malheureux. D'être malheureux le jour où, se sentant étriqué dans notre job, on ne s'autorisera malgré tout pas à en changer. Lourd héritage de cette fameuse croyance limitante selon laquelle on n'exerce qu'un métier au cours d'une vie.

Mais quel parent serait pourtant assez fou pour accepter de faire peser une telle pression sur les épaules de son fiston d'à peine dix-huit ans ? Quel parent oserait réellement expliquer à son jeune qu'il est là, en choisissant ses études supérieures, occupé à jouer l'entièreté de sa carrière ? Quel
pari fou sur l'avenir, quelle folie, selon moi. Le problème c'est que tant qu'on continuera à raisonner de cette manière, on continuera à transmettre, parfois même inconsciemment, à nos enfants cette croyance limitante selon laquelle la logique veut qu'on n'exerce qu'un métier au cours d'une vie. Par nos discours, par nos attitudes, nous inculquerons à nos enfants, même sans le vouloir, la peur du changement et l'immobilisme. C'est ainsi qu'on rencontre aujourd'hui encore trop de personnes qui, emprisonnées dans cette croyance, s'obligent à poursuivre dans une voie professionnelle qui ne les rend pourtant plus heureux, se refusant le droit de se réorienter, de se réinventer, de changer, de bouger, d'explorer des ailleurs, d'avoir plusieurs vies dans une vie.

On doit donc bien prendre garde à ne pas intégrer en nous cette croyance si l'on n'y adhère pas. Car c'est là le propre d'une fausse croyance, d'une croyance limitante : à force d'être affirmée, rabâchée, on pourrait finir, si l'on n'y prend garde, par y croire. On pourrait finir par croire qu'effectivement, c'est ainsi que les choses « doivent » se passer. Par croire qu'on « doit » choisir son métier une bonne fois pour toute et ne plus jamais en changer, ou si peu. Puis, sans s'en rendre compte, on finit par crier à l'anarchie quand on apprend qu'un médecin a choisi de devenir boulanger, un maçon, fleuriste ou une secrétaire, professeur de yoga. Pour peu, on verserait dans la psychologie de bas-étage et, à coups de « c'est la crise de la quarantaine », « c'est la ménopause » et « c'est son divorce », on chercherait coûte que coûte à justifier par une cause extérieure cette réorientation professionnelle qui nous parait si anormale, si contre-nature.

On a beau dire, ces reconversions professionnelles surprennent toujours un peu, pour ne pas dire beaucoup. On a beau prôner des valeurs de respect et de tolérance, ces changements de cap ont souvent un parfum de révolte. Pourtant, il n'y a, au contraire, et selon moi toujours, rien de plus naturel justement que d'opérer au moins une réorientation professionnelle au cours de sa vie. C'est même le signe d'une certaine sagesse, d'une connaissance de soi et d'une écoute attentive de ses besoins. Après tout, l'homme est un être de perpétuel changement. Nos envies, nos désirs, nos besoins, nos rêves évoluent avec nous. Et vu cette constante impermanence de toute chose en ce monde, nous avons tout de même peu de chance que les rêves qu'on nourrissait à dix-huit ans soient toujours les mêmes que ceux auxquels on aspire dix, vingt ou trente ans plus tard.

A quoi bon alors s'entêter à rester sur le chemin qu'on a emprunté à dix-huit ans quand on a conscience qu'il ne rencontre plus nos attentes actuelles ? Pourquoi s'infliger cela ? Pourquoi s'enfermer à vie dans la vie de nos dix-huit ans ? Parce que c'est de cela qu'il s'agit. A trente ou quarante ans, on n'est forcément plus le même qu'à dix-huit. Ca parait évident. Pourquoi alors l'est-ce moins concernant nos choix de vie ? Après tout, ils ne sont rien d'autre que l'expression de la personne qu'on était alors, des pensées qui nous habitaient à l'époque. Les années passent et notre personnalité évolue, c'est inévitable. Sans compter les expériences, parfois tristes, qui jalonnent nos parcours et qui nous marquent, qui nous changent. Sans compter non plus sur notre vision du monde et de la vie qui s'aiguise et qui fait naître en nous de nouvelles valeurs, de nouvelles convictions, de nouvelles aspirations.

Je crois donc qu'elle est plutôt là, la folie. La folie, c'est de croire qu'une vie d'homme ne devrait compter qu'une formation, qu'un métier, qu'une voie professionnelle. La folie, c'est d'oublier de dire à nos enfants que leur nature est perpétuel changement et qu'ils auront, par conséquent, toujours le droit de changer d'avis, de faire autre chose. Qu'ils ont aussi le droit se tromper ou d'échouer. Apprenons plutôt à nos enfants à oser être eux-mêmes en toutes circonstances, même si leur « moi » d'aujourd'hui n'est plus leur « moi » d'hier. Parce qu'on a le droit de changer, parce que changer c'est évoluer et parce qu'évoluer c'est sain et naturel, c'est le cours des choses, c'est le cycle de la vie. Apprenons-leur à être à l'écoute de leurs envies profondes, de leurs besoins, de leurs rêves. Apprenons-leur à rester connectés avec leur petite voix intérieure qui leur souffle ce qui est bon pour eux. Expliquons-leur que tout est changement, toujours. Qu'il est normal de vouloir aujourd'hui une chose et d'en vouloir une autre demain, puis encore une autre après-demain. Incitons-les à développer leur esprit critique et ainsi à ne jamais ériger aucune barrière dans leur cerveau, à ne se créer aucune limite mentale. Poussons-les à se sentir toujours libres d'aller où le vent les porte, de changer l'orientation de leurs voiles. Leur moteur doit être le bonheur, l'épanouissement au travail, l'équilibre de vie, l'expression de leur véritable nature, la recherche de sens et la contribution à un monde meilleur. Qu'ils n'aient pour guide que l'amour véritable, pour eux-mêmes et pour personne d'autre, de ce qu'ils font, et ils seront heureux.

Voilà, selon moi, l'ouverture d'esprit vers laquelle il serait bon de tendre si l'on veut être heureux et faire de nos enfants des êtres épanouis au travail. Et à ceux qui ont été nourris de discours conformistes et étriqués et qui, aujourd'hui, se sentent prisonniers de leurs croyances limitantes et ne s'octroient donc pas le droit de vivre la petite révolution professionnelle à laquelle ils rêvent, à ceux-là, je leur dis : vous n'avez qu'une vie, faites en sorte, à la fin, de n'avoir aucun regret. Aussi, osez, osez changer, osez prendre des risques, osez peut-être échouer mais surtout osez être vous-même, osez faire ce que vous aimez... et vous serez au heureux au travail.